Ensemble, faisons abroger la limitation des allocations d'insertion à 3 ans

MMPP ? Derrière ce sigle se cache une catégorisation des chômeurs pour le moins interpellante et qui fait froid dans le dos : les personnes qui auraient des difficultés sérieuses, pointues ou chroniques, de type Médical, Mental, Psychique ou Psychiatrique. Cette dénomination recouvre ce que l’on qualifie plus « poliment » comme des personnes « très éloignées de l’emploi », à savoir les chômeurs de longue, voire de très longue durée parfois, difficilement voire très difficilement « reclassables », ceux que la Ministre De Conink voulait en début de son mandat « prendre par le collier pour les remettre debout ! », notamment en les soignant par le travail (arbeidszorg).

En réalité, ce terme vise à dénier deux choses. Un : parmi le volume impressionnant de « chômeurs de très longue durée », il existe des « réfractaires » idéologiques, politiques à cette idée à laquelle le système a besoin que nous adhérions, tous, à savoir que, « hors l’emploi » il n’existe pas d’émancipation possible ni d’activité à valeur sociale et économique. Le reconnaître conduirait à donner du grain à moudre à celle et ceux qui qualifient l’allocation de chômage de salaire social reconnaissant la valeur économique du travail fourni « hors emploi » tant par les chômeurs que par les retraités par exemple.


Deuxième idée qu’il faut s’enlever de la tête : le chômage de longue voire de très longue durée ne résulte pas d’une caractéristique structurelle inhérente au capitalisme. Or il n’a pas besoin de toute la main d’oeuvre disponible et disposée de gré ou de force à se faire enrôler. Il a même besoin que persiste en permanence une masse de chômeurs (NAIRU, « Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment », c’est-à-dire le taux de chômage n’accélérant pas l’inflation) et que cette masse soit activée afin de maintenir une pression permanente sur le marché du travail qui soit à même de tirer les salaires (et les conditions de travail) vers le bas, afin de maximiser les profits et de limiter les risques d’inflation, la hantise des rentiers.

Au contraire de ces deux idées quelque peu subversives, il faut offrir à l’existence de cette masse irrécupérable de chômeurs deux autres explications. D’une part, l’explication moraliste qui consiste à dire que parmi eux existent d’indécrottables paresseux, réfractaires à tout effort, et de condamnables fraudeurs, deux catégories que les contrôles ACRE de l’Onem sont sensés légitimement repérer, disqualifier et sanctionner en les expulsant du bénéfice de la « solidarité collective ». Et enfin cette catégorie résiduaire de personnes qui en sont là sans qu’elles y soient vraiment pour quelque chose, irresponsables de leur situation comme un criminel peut être reconnu « non responsable de ses actes ». Comme si ces personnes en étaient bel et bien là du fait même de leur personnalité, de leur singularité, et non par le truchement d’un système qui n’a pas besoin d’elles ou par résistance à un enrôlement qu’elles jugent critiquables mais du fait de problèmes médicaux, mentaux, psychiques ou psychiatriques, à charge pour les AS du Forem, d’Actiris ou du ??? (vdab?), non formés en la matière, de les repérer et de les envoyer vers des experts ad hoc susceptibles de les « traiter »… Question ? Que vont faire ces médecins et ces psy ? Vont-ils collaborer avec l’Onem, le renseigner sur le fait que ces « malades » suivent bel et bien (ou non) leur traitement, que celui-ci évolue vers une guérison donc une possible sortie de la catégorie avec les effets pour la personne qui, bénéficiant d’avantages liés à son appartenance à cette catégorie « privilégiée » pour certaines règles, vont avoir intérêt quelque part à rester des « malades » ? Ne médicalise-t-on pas, ne psychiatrise-t-on pas ainsi des résistants politiques isolés et/ou des victimes d’un système économique mortifère et excluant ?

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